Combien de séries avez-vous arrêté de regarder, tout simplement parce que vous aviez l’impression de visionner la copie d’une copie ?
Si vous avez eu ce sentiment de déjà-vu, vous n’êtes pas seul. De plus en plus de spectateurs se plaignent de similitudes troublantes entre des productions récentes. Intrigues recyclées, personnages familiers, dialogues répétitifs, visuels standardisés…
Qu’en est-il vraiment ?
L’essor de l’esthétique du streaming
L’un des principaux facteurs de cette uniformité est la montée en puissance des plateformes de streaming comme Netflix, Disney+ et HBO Max. La production télévisée s’est largement orientée vers une esthétique lisse et dé-saturée : palettes de couleurs neutres, ombres marquées et compositions symétriques qui créent une ambiance de sérieux, même dans des émissions qui n’en ont pas forcément besoin. Ce style, autrefois réservé aux drames à gros budget comme Les Sopranos ou The Wire, est désormais devenu la norme dans tous les genres. Qu’il s’agisse d’un thriller de science-fiction ou d’un docudrame criminel, le langage visuel reste cinématographique mais stérile, sombre mais monotone.
L’influence des algorithmes dans les choix créatifs
Les services de streaming s’appuient sur des données et des algorithmes pour décider quelles émissions produire. Contrairement au passé, où les créateurs prenaient des risques créatifs basés sur leur instinct, les responsables actuels analysent les métriques : temps de visionnage, rétention et engagement. C’est pourquoi tant de séries télévisées contemporaines semblent découler du même moule : une intrigue mystérieuse qui se développe lentement avec plusieurs lignes temporelles, un antihéros au passé moralement ambigu ou un groupe de marginaux résolvant une conspiration cryptique.
Les rythmes narratifs semblent familiers parce qu’ils sont conçus pour l’être.
L’effet du deuxième écran : La télévision est-elle faite pour le multitâche ?
En parallèle, notre manière de regarder la télévision a évolué. L’essor du phénomène du « deuxième écran » — où les spectateurs défilent sur leurs téléphones, envoient des SMS ou parcourent les réseaux sociaux pendant qu’ils regardent — a redéfini la structure des émissions.
Avec l’attention divisée, les créateurs se sont adaptés en concevant des contenus qui captent l’attention des spectateurs par petites touches. Des montages rapides, des drames intenses et des récits prévisibles maintiennent l’engagement du public, même lorsqu’il n’est que partiellement concentré. Cela a conduit à un contenu plus facile à digérer, mais qui manque souvent de profondeur ou ne nécessite pas une immersion totale.
La télévision évolue, comme elle l’a toujours fait. La véritable question est : les créateurs s’en tiendront-ils aux formules sûres et familières ou oseront-ils briser le moule ? Des émissions comme Fleabag, The Bear et Severance prouvent que le public recherche une narration audacieuse et unique.
L’avenir de la télévision appartient à ceux qui sont prêts à prendre des risques, à défier le statu quo et à créer quelque chose qui nous fasse arrêter de faire défiler notre écran et nous concentrer pleinement.